
Avant d’ouvrir les festivités, l’équipe du festival Cinémas du Sud souhaite remercier le public venu en nombre l’année dernière. L’édition 2024 a battu des records d’affluence avec 2165 spectateurs ! Cela représente une hausse de fréquentation de 61% ! Fidèles du festival ou novices : merci aux cinéphiles issus de toute la Métropole lyonnaise pour leur soutien !
Pour cette vingt-cinquième édition, nous avons concocté un menu de choix : neufs longs métrages sélectionnés dont trois présentés en avant-première à l’Institut Lumière. Primées dans les plus prestigieux festivals internationaux, ces œuvres offrent aux spectateurs une plongée dans le cinéma du Maghreb et du Moyen-Orient d’aujourd’hui, porteur d’une vision plurielle de ces pays aux histoires et aux destins différents. Du Maroc à l’Arabie Saoudite, en passant par l’Algérie, plusieurs nations seront représentées dans cette édition 2025. Cerise sur le gâteau (ou praline sur la brioche pour les Gones), le festival sera parrainé cette année par la réalisatrice-productrice égyptienne Marianne Khoury (nièce du cinéaste Youcef Chahine) !
Au cœur de cette programmation, le public aura la chance de découvrir trois œuvres présentées en avant-première. Et comme le veut la tradition, le festival est aussi l’occasion pour les spectateurs de rencontrer les cinéastes invités.
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Explorer le cinéma du Maghreb et du Moyen-Orient, offrir au public la chance de découvrir des œuvres primées à l’international, trop peu distribuées en France, rencontrer et échanger avec les cinéastes invités : telles sont les missions du Festival Cinémas du Sud.
Impossible n’est pas lyonnais !
MERCREDI 23 AVRIL
19h30 : SOIRÉE D’OUVERTURE
Songs of Adam de Oday Rasheed (Irak, 2024, 1h38)
En présence de Oday Rasheed

Un bain de jouvence au goût amer
Songs of Adam offre aux spectateurs une plongée dans l’histoire contemporaine de l’Irak à travers le regard d’un enfant pour qui le temps s’est arrêté. Troisième long métrage du cinéaste Oday Rasheed, cette œuvre poétique a remporté le Prix du meilleur scénario au Festival International du film de la Mer Rouge.
Arrêter le temps, ne pas vieillir, rester un enfant pour toujours. Beaucoup en ont rêvé, Adam y est parvenu. Ce jeune fermier a décidé de stopper l’effet du temps sur lui : il ne grandira pas au-delà de douze ans. Nous sommes en 1946, dans un village de Mésopotamie lorsque la vie de cet adolescent est marquée à tout jamais.

Adam, l’éternel adolescent
Sous les ordres stricts de leur père, Adam et son jeune frère Ali vont assister au lavage du corps défunt de leur grand-père. Un rituel qui va changer le destin d’Adam. Après cela, l’adolescent prend une décision radicale : il annonce à son entourage qu’il ne veut pas grandir et, à partir de ce moment-là, il arrête de vieillir. Adam aura 12 ans pour toujours. Au fil des années, son physique ne change pas, tandis que toutes les personnes autour de lui doivent faire face au temps qui passe. Mais rapidement, cette faculté de bloquer les horloges vont susciter l’inquiétude des villageois. Beaucoup sont convaincus que le jeune Adam est maudit. Adam conserve son innocence d’enfant alors que tous ceux qui l’entourent succombent au passage du temps. Cette éternelle jeunesse, perçue d’abord comme une bénédiction par Adam, le condamne peu à peu à la solitude.
Un destin irakien
Explorer l’histoire contemporaine de l’Irak au travers du regard d’un adolescent pour qui le temps s’est arrêté. C’est un véritable défi de funambule que le cinéaste Oday Rasheed a relevé haut la main en réalisant Songs of Adam. Un récit puissant où le destin d’un adolescent rêveur s’entrechoque avec la réalité du temps qui passe. Si les horloges se sont arrêtées dans la vie d’Adam, son entourage doit faire face à la réalité. Le destin de cet éternel adolescent est aussi confronté à l’Histoire de son pays. Le quotidien d’Adam au fil des décennies, plonge le spectateur au cœur des événements cruciaux de l’Irak : de l’Intifada de 1952 à l’offensive de l’État islamique de 2014, en passant par le coup d’État de 1963. La grande Histoire côtoie la petite, grâce au regard innocent du jeune Adam. Une narration puissante, sublimée par son casting et ses paysages spectaculaires, magnifiés par le directeur de la photographie Basim Faihad.
Recherche Adam désespérément
Avec Songs of Adam le cinéaste Oday Rasheed explore avec subtilité le thème du temps qui passe : « cette histoire représente ma tentative personnelle de récupérer l'enfant que j'ai perdu en célébrant l'âge adulte. C'est ma guerre contre le fait de grandir ». Et pour incarner son héros à l’éternelle jeunesse, le réalisateur et son équipe se sont lancés dans un casting titanesque : durant près de neuf mois, ils ont auditionné des centaines de candidats au cours d’entretiens filmés ou physiques. Avant de trouver, en la personne d’Azzam Ahmed son futur Adam : « le fait de rencontrer Azzam en personne a confirmé son instinct : « Adam, c’était lui », confie Oday Rasheed. Pari réussi pour le réalisateur irakien. Songs of Adam, a déjà touché le cœur de nombreux spectateurs des plus grands festivals internationaux. En décembre dernier, le film a remporté le Prix du meilleur scénario au Festival International du film de la Mer Rouge. Une belle reconnaissance pour ce cinéaste qui avait marqué les esprits dès son premier film : Underexposure. Sorti en 2005, il est considéré comme le premier long métrage tourné à Bagdad sous l’occupation américaine. Même si les années défilent, le temps n’a pas d’emprise sur le talent d’Oday Rasheed !
Laura Lépine
JEUDI 11 AVRIL
18h00 : Inédit
Backstage d'Afef Ben Mahmoud et Khalil Benkirane (Maroc, 2024, 1h42)
En présence d'Afef Ben Mahmoud et Khalil Benkirane

BACKSTAGE : entrez dans la danse
Premier long-métrage du couple Afef Ben Mahmoud-Khalil Benkirane, Backstage, offre une plongée dans l’univers d’une troupe de danseurs. Après un spectacle, le collectif devra traverser en pleine nuit la forêt de l’Atlas marocain. Une suite d’évènements fait tomber les masques.
Aïda et Hedi s’aiment à la ville, comme à la scène. En pleine tournée avec leur troupe, le couple de danseurs va peu à peu vaciller. Un soir, Hedi craque face aux provocations de sa compagne : il la blesse, sous les yeux horrifiés des autres membres du collectif. Le lendemain aura lieu la dernière représentation de la tournée et Aïda ne pourra peut-être plus danser. Il faut trouver en urgence un médecin. Le destin de toute la troupe se joue cette nuit-là. Les danseurs prennent la route pour trouver celui ou celle qui pourra soigner Aïda. Un incident se produit sur la route qui les mène au village voisin. Les danseurs sont alors contraints de traverser à pied une forêt de l’Atlas marocain. Mais ce paysage s’avère plus hostile qu’ils ne le pensent. Face aux dangers, les langues se délient et les masques tombent. Plus rien ne sera pareil après cette traversée nocturne.

Cinq heures du mat’, j’ai des frissons
Faire entrer le spectateur dans les coulisses d’une troupe de danseurs. Mais pas seulement : montrer aussi que ces artistes sont des « gens normaux », mais pas tout à fait comme les autres. Et les faire évoluer dans un environnement hostile pour les amener à se dévoiler. C’est tout le challenge du film Backstage, premier long métrage du tandem de cinéastes formé par Afef Ben Mahmoud et Khalil Benkirane. Un thème qu’ils maîtrisent parfaitement puisqu’ils forment aussi un couple à la ville. Et si ce récit met en scène une troupe de danseurs, cela ne doit rien au hasard puisque la réalisatrice tunisienne Afef Ben Mahmoud est aussi danseuse professionnelle. Et c’est tout naturellement que l’histoire de Backstage est née après quelques pas de danse : « je faisais le mixage de mon dernier court-métrage. A 5 h du matin, un de mes amis a mis de la musique arabe […] On était fatigués, il était 5 heures du matin et j’ai commencé à danser : c’est comme cela que tout a commencé ! » confie la réalisatrice. Pour raconter cette troupe qui ressemble beaucoup à « une famille », le couple de cinéastes a choisi de faire s’entrecroiser la magie et la beauté du spectacle avec la dynamique de ce collectif composé de fortes personnalités : « Ces deux univers parallèles m’ont toujours intriguée par leurs similitudes. L’idée du film était de débuter par un spectacle et d’embarquer ensuite ces personnages dans un road-movie lorsque la troupe part en tournée pour, en quelque sorte « déconstruire » cette magie du spectacle que l’on voit au début du film et d’aller au plus près des personnages, creuser leurs personnalités et voir ce qui les motivent ». Et pour faire entrer ces héros dans la danse, Afef Ben Mahmoud et Khalil Benkirane ont choisi de confier la création des chorégraphies à Sidi Larbi Cherkaoui, une référence dans le milieu de la danse contemporaine. Un choix qui était comme une évidence pour Khalil Benkirane : « quand j’ai découvert son travail, je me suis dit qu’il serait la bonne personne pour notre film. On a eu une réunion avec lui, il a aimé le scénario et a décidé de signer les chorégraphies de Backstage ».
Le singe qui cache la forêt
Et pour que les membres de la troupe de danseurs se révèlent à eux-mêmes, les cinéastes ont l’idée de les embarquer en pleine forêt de l’Atlas, en plein nuit. Une immersion dans un environnement « qu’ils leurs semblaient familier mais qu’ils ne connaissent pas vraiment en réalité […] Cette situation permet d’approfondir la connaissance des personnages, d’aller au plus près d’eux parce qu’ils sont dans ce paysage », indique Afef Ben Mahmoud. Une forêt qui devient l’un des personnages du film : « le son était très important, on voulait donner une voix à cette forêt. D’une certaine façon, la forêt parle aux personnages grâces à ces sons. Et c’est comme cela qu’ils se dévoilent peu à peu ». Pour le couple de réalisateurs, faire évoluer des danseurs venus du monde arabe dans ce décor n’a rien d’anodin : « Être dans un endroit libre, comme celui de la forêt, c’est aussi ce qui leur permet de se connecter à eux-mêmes et de se poser cette question centrale : « qui sommes-nous ? » Dans cette quête d’identité, un petit singe aura aussi son rôle à jouer. Sélectionné à la Mostra de Venise, le premier long métrage du tandem Ben Mahmoud-Benkirane n’a pas fini de faire danser les foules !
Laura Lépine
JEUDI 11 AVRIL
21h00 : Avant-Première
L'Effacement de Karim Moussaoui (Algérie, 2024, 1h33)
En présence de Karim Moussaoui

L’effacement : l’homme algérien invisible
Reconnu à l’international pour son premier long métrage « En attendant les hirondelles » (2017), le cinéaste algérien Karim Moussaoui revient sur le devant la scène avec L’Effacement, une adaptation subtile et captivante du roman de Samir Toumi. Une œuvre puissante sur cette jeunesse en quête de reconnaissance.
Pour Reda, habitant d’un quartier bourgeois d’Alger, tout semble aller pour le mieux. Il occupe un poste dans la plus grande entreprise d’hydrocarbures du pays dirigée par son père, Youcef. Le jeune homme s’efforce de répondre aux exigences de cet homme charismatique et autoritaire. Son frère Fayçal, mène au contraire, une rébellion ouverte contre ce patriarche aussi froid qu’imposant. Lorsqu’il quitte le domicile familial, Reda se retrouve face à sa solitude et à son mal-être profond. Difficile pour le jeune homme de continuer à vivre dans l’ombre de ce père tyrannique. Mais lorsque ce dernier meurt, Reda est victime d’un événement étrange : son reflet disparaît du miroir. Une situation surprenante qui va le pousser à entrer dans une véritable quête d’identité.

Adapté du roman de Samir Toumi
Lorsque le père disparaît, le reflet du fils devient invisible. Avec subtilité, le cinéaste Karim Moussaoui livre un récit captivant dans son deuxième long métrage, l’Effacement. Une adaptation envoûtante du roman de Samir Toumi publié en 2016. Conquis par la lecture de cette œuvre, le réalisateur algérien s’est embarqué avec conviction et force dans cette mise en scène : « Quand je l’ai lu la première fois ce roman, je me suis reconnu un peu dans certains passages du livre où il parle de comment on subit les choses […] On a été éduqués de manière à avoir une vie un peu classique : il faut faire des études, travailler, se marier, etc.. Sans se poser trop de questions sur nos propres désirs et on ne prend jamais finalement le temps de se découvrir soi-même. On se retrouve assez vite embarqués dans le désir des autres personnes ». Avec cette envie de raconter ce destin algérien, Karim Moussaoui, a décidé de poser sa caméra à Marseille et en Tunisie pour narrer l’histoire de ce jeune homme dont la vie bascule lors de la mort de son père. Le cinéaste voulait que la maison de son héros ressemble aux « maisons que l’on trouve sur les hauteurs d’Alger ».
Un cri d’amour à la jeunesse algérienne
Pour le réalisateur et son équipe, il était primordial de « transmettre cette atmosphère lourde, dure » imposée par l’autorité du père de Reda. Et pour trouver le héros de cette œuvre captivante, le cinéaste a misé sur le talent du comédien Samy Lechea : « j’ai rencontré Samy pendant le casting et je fonctionne énormément avec des questions d’énergie et j’ai vu que d’abord, il jouait très bien et qu’il rendait assez juste ce que j’avais imaginé du personnage de Reda. C’est cela qui m’a donné envie de travailler avec lui. Et puis c’est très rare de trouver des comédiens qui sont prêts à vivre une aventure et la vivre totalement ! » A travers l’histoire de Reda, le réalisateur avait envie de mettre sur le devant de la scène la jeunesse algérienne. Cette génération en pleine quête d’identité : « on n’a jamais su laisser la place aussi pour la nouvelle génération, c’est cela que raconte l’histoire de mon film. C’est le cri de cette génération qui demande qu’on lui fasse confiance et qu’on la laisse travailler ». Sélectionné au festival international du film de Marrakech, l’Effacement sera présenté en avant-première au festival Cinémas du Sud. Nul doute qu’il laissera une trace indélébile dans le cœur du public lyonnais.
Laura Lépine
VENDREDI 25 AVRIL
15h45 : Inédit
My memory is full of ghosts de Anas Zawahri (Syrie, 2024, 1h14)
En présence de Anas Zawahri

My memory is full of ghosts : l’après-guerre en Syrie
Auréolé de plusieurs Prix dans les festivals internationaux, le documentaire « My memory is full of ghosts » du cinéaste palestinien, Anas Zawahri fait une entrée remarquée au festival Cinémas du Sud. Un film coup de poing sur le quotidien des habitants de la ville d’Homs, cité défigurée par la guerre civile en Syrie. Attention, pépite !
Un homme traverse un carrefour à bicyclette, une femme revient des courses et des jeunes passent à moto sous un soleil éclatant. Une scène de vie quotidienne qui pourrait sembler banale. Mais autour de ces habitants, les immeubles sont détruits, il ne reste que les fondations des édifices, les câbles électriques s’entrecroisent dans le ciel de ce quartier, des débris s’entassent dans un coin de la rue. C’est une ville défigurée par les bombardements que l’on regarde. Ce sont les rues d’Homs, en Syrie qui sont filmées dans le documentaire My memory is full of ghosts du cinéaste Anas Zawahri. Un lieu qu’il connaît parfaitement puisque ce jeune réalisateur palestinien vit en Syrie. Dans ce film, il raconte le quotidien post-guerre des Syriens. Avec beaucoup de subtilité et un sens aigu de l’esthétisme, Anas Zawahri dresse l’autoportrait d’une population exsangue en quête de normalité dans une ville ravagée par la guerre. Malgré les traumatismes, les habitants tentent de reprendre « une vie normale » en accomplissant les gestes du quotidien. Mais est-ce encore possible dans ce décor où tout rappelle la guerre ? Le contraste entre les scènes de vie quotidienne et ces bâtiments bombardés est saisissant.

Homs, I love you
« My memory is full of ghosts » explore une réalité coincée entre passé, présent et futur à Homs. Sur ces images des ravages de la guerre se superposent les témoignages croisés des habitants. Des voix qui sonnent comme un rappel douloureux et nécessaire de l’absurdité de la guerre. « Nous aimons cette ville, mais nous ne supportons plus d'y rester », confie l’une des habitantes. Une formule qui résume parfaitement cette relation d’attraction-répulsion qu’entretiennent les Syriens avec cette ville meurtrie.
Avec ce documentaire, Anas Zawahri signe un film bouleversant sur l’absurdité de la guerre et la force de l’être humain. « Je suis un Palestinien vivant en Syrie. J’ai choisi de faire des films parce que cela m’aide à exprimer mes pensées et mes idées et parce que le cinéma possède cette faculté de toucher un large public, contrairement à d’autres formes d’art qui sont réservés à une catégorie de personnes ». Le cinéaste avait déjà marqué les esprits avec ses deux courts métrages « An Ordinary Day » (2020) et « Summer, City, and a Camera » (2022). Son troisième film, « My memory is full of ghosts » a déjà conquis le cœur de nombreux spectateurs. Le documentaire a reçu une Mention spéciale du Jury de la Compétition Internationale au dernier Festival Visions du Réel. Un bijou à ne pas manquer !
Laura Lépine
VENDREDI 25 AVRIL
18h00 : Inédit
Seeking Heaven for Mr. Rambo de Khaled Mansour (Egypte, 2024, 1h42)
En présence de Khaled Mansour

Premier long métrage du cinéaste égyptien Khaled Mansour, « Seeking haven for Mr Rambo » a fait une entrée remarquée à la Mostra de Venise. Cette œuvre poignante est inspirée d’un fait divers qui s’est déroulé en 2015 près du Caire.
Rambo n’a peur de rien, c’est bien connu. Pas de plaque militaire, ni de bandeau rouge à la tête, ce Rambo-là n’est pas celui que vous imaginez. Sylvester Stallone n’est pas au casting et il n’est pas question de la guerre du Vietnam. Cette histoire se déroule de nos jours au Caire. Dans la capitale égyptienne, Hassan, sa mère et son chien Rambo, risquent l’expulsion. Karem, le propriétaire de leur immeuble veut agrandir son atelier de mécanique. Lors d’une altercation entre les deux hommes, Rambo défend son maître et mord Karem à l’entrejambe. Humilié, ce dernier décide de se venger. Commence alors pour Hassan et son meilleur ami, un parcours d’errance dans les rues de la ville. Le jeune homme doit affronter ses peurs pour protéger son chien et survivre aux nombreux dangers qui l’entourent.

Un fait divers à l’origine du film
Pour donner vie sur grand écran à Hassan et son ami Rambo, le cinéaste égyptien Khaled Mansour a travaillé durant huit ans. Dès le début, le réalisateur de Seeking haven for Mr Rambo avait en tête cette image d’un jeune homme tenant son chien dans la rue : « je ne me rappelle pas d’où cette idée provient, mais elle est restée gravée dans ma tête. Je voulais raconter cette histoire aux gens et quelques mois après cela, est arrivé un incident dans la rue à Shubra El-Khayma : à la suite d’une altercation, un groupe d’hommes armés de couteau ont tué un chien sous les yeux de son propriétaire. C’est un fait divers qui a été très médiatisé en Egypte. Quand j’ai vu les images de cet incident, j’ai été touché par cette histoire et j’ai voulu en faire un film. Mais dans mon histoire, j’ai voulu que le propriétaire du chien puisse se défendre et sauver le chien. Dans mon film, le personnage d’Hassan essaie de sauver Rambo, son chien et unique ami, de la violence des hommes ».
Un cri d’amour à la jeunesse égyptienne
Et pour rendre l’histoire de son héros encore plus réaliste, Khaled Mansour et son équipe choisissent des chiens de rue et les entraînent pendant près de six mois pour incarner Rambo, le meilleur ami d’Hassan. Même si le film débute par cette scène violente inspirée du fait divers, le cinéaste s’emploie à véhiculer des messages d’optimisme et de résilience. À travers le destin de son héros Hassan, Khaled Mansour voulait avant tout explorer la relation complexe de sa génération avec la société égyptienne actuelle : « nous nous sentons souvent comme des chiens errants pourchassés à travers la ville, mais incapables de trouver un autre endroit où appartenir ». Cette histoire est avant tout celle du cinéaste : « je suis Hassan, je voulais raconter aux gens mes peurs, mes pensées, ma tristesse, tout ce que je ressens en Egypte et qui est aussi à l’image de ma génération […] J’espère que mon entourage égyptien se reconnaîtra dans cette histoire et qu’ils aimeront ce film. Je veux faire des films sur les Egyptiens, sur ma famille, mes amis ». Entre l’amour et la guerre, le Rambo de Khaled Mansour a choisi.
Laura Lépine
VENDREDI 25 AVRIL
21h : AVANT-PREMIÈRE
Chroniques d'Haïfa de Scandar Copti (Palestine, 2024, 2h03)
En présence de Laure Monrreal, première assistante

Chroniques d’Haïfa : Familles en crise
Deuxième long métrage du cinéaste palestinien Scandar Copti, Chroniques d’Haïfa a conquis les festivals du monde entier. Prix du meilleur scénario à la Mostra de Venise, Prix de l’Etoile d’or au festival international du film de Marrakech, il met en scène le destin croisé de deux familles, l’une est israélienne, l’autre palestinienne. Une œuvre aussi puissante que captivante.
Dans la ville d’Haïfa, au nord d’Israël, vit la famille de Fifi, une jeune palestinienne. Loin de ses parents, la jeune femme étudie à l’université de Jérusalem. Un éloignement qui lui permet de vivre en toute liberté, à bonne distance de ses parents conservateurs. A quelques kilomètres, vit Shirley, une jeune femme juive. Les deux femmes sont liées par un homme, Rami qui est le frère ainé de Fifi. Un évènement va faire basculer le destin de ces deux familles. Après un accident de la route, Fifi est hospitalisée. De retour à Haïfa, la jeune femme craint que sa liberté retrouvée soit remise en cause par ses parents. Lorsque son frère Rami revient lui aussi dans sa ville natale, il fait face à une crise personnelle : sa compagne Shirley est enceinte et refuse d’avorter. Hanan, la mère de Fifi et Rami est confrontée à une crise financière et se retrouve empêtrée dans des complications alors qu’elle cherche à obtenir une indemnisation pour l’accident de sa fille. Après l’accident de Fifi, un enchaînement d’évènements fait remonter à la surface les mensonges et vérités inavouées des deux familles.

Le poids des traditions
« On choisit pas ses parents, on choisit pas sa famille, etc… » : on connaît la chanson. Et c’est une musique qui doit trotter souvent dans la tête des protagonistes du film Chroniques d’Haïfa (Happy Holidays) réalisé par Scandar Copti. Avec subtilité, le cinéaste met en scène les destins croisés de deux familles, l’une palestinienne, l’autre israélienne. Toutes deux vivent dans la commune d’Haïfa, située au nord d’Israël, à quelques kilomètres du Liban. Le décor de ces héros n’a rien d’anodin. A la suite d’un accident de la route, un enchaînement d’événements va bouleverser le destin de ces deux familles. Une histoire qui résonne forcément dans le contexte actuel dans la bande de Gaza. Pour le réalisateur palestinien Scandar Copti, tout est parti d’une phrase: « j’étais obsédé par une histoire que j’entends depuis ma jeunesse : une femme de mon entourage a dit à son fils : « ne laisse jamais une femme te dire ce que tu dois faire » […] Je pense que la moralité nous aveugle, en tant que groupe, mais aussi nous empêche de voir justement les autres options possibles. Et comment nos choix personnels peuvent affecter les autres. C’était la structure du récit que j’avais en tête : raconter une histoire depuis le point de vue d’un personnage, faire comprendre sa souffrance, faire ressentir aux spectateurs son vécu, comprendre ses choix et ensuite aller vers un autre personnage qui est affecté par les choix de ce protagoniste et de suivre aussi les choix, la morale de ce second personnage ».
Récompensé à la Mostra de Venise
Sans porter de jugement, Scandar Copti parvient à sonder avec une grande subtilité les travers des traditions patriarcales. Ses Chroniques d’Haïfa résonnent comme un appel à l’unité des peuples et au respect des droits des femmes : « À travers ces histoires, j’espère susciter des conversations sur les valeurs et les croyances qui façonnent nos vies et mettre les spectateurs au défi de repenser les normes selon lesquelles ils vivent. Personne n’est vraiment libre tant que les femmes ne sont pas libres, et personne n’est vraiment libre tant que nous ne sommes pas tous libres ». Un message magnifié sur grand écran qui a déjà séduit de nombreux spectateurs. Prix du meilleur scénario à la Mostra de Venise, le film a décroché L’Étoile d’Or et le Prix d’interprétation pour les actrices Manar Shehab et Wafaa Aoun au Festival International du film de Marrakech 2024. Scandar Copti n’a pas fini de collectionner les récompenses !
Laura Lépine
SAMEDI 26 AVRIL
14h30 : Inédit
Hajjan de Abu Bakr Shawky (Arabie Saoudite, 2024, 1h57)
En présence de Abu Bakr Shawky

Hajjan : la traversée du désert d’un jockey
Après ses débuts en sélection officielle à Cannes avec Yomeddine, le cinéaste égypto-autrichien Abu Bakr Shawky revient sur le devant de la scène internationale avec son film Hajjan. Un récit d’aventure émouvant sur un jeune saoudien qui rêve de devenir jockey de chameaux.
On l’appelait Hajjan (jockey en arabe). Dans le village du désert saoudien, le grand-père de Matar était une légende. Les années ont passé depuis la mort du héros, mais Matar et son frère aîné Ghanim, ont hérité de la passion de leur grand-père pour les courses de chameaux. Lorsqu’un grave accident survient, le plus jeune enfant n’a qu’une idée en tête : perpétuer la tradition familiale en devenant jockey. Lui qui a grandi en entendant son frère réciter des poèmes à la gloire de leur célèbre grand-père, le Hajjan. Matar est prêt à tout pour sauver son chameau, Hofira, de l’abattage. Après avoir été embauché par le propriétaire peu scrupuleux Jasser, le jeune homme est contraint de fuir pour défendre son fidèle compagnon. Tous deux s’engagent alors dans un voyage dangereux à travers le désert pour une vie meilleure.

Quand t’es dans le désert…
Parcourir le désert saoudien à dos de chameau : beaucoup en ont rêvé, Matar, héros du film Hajjan l’a fait. Embarqué dans un voyage initiatique, le jeune homme devra affronter tous les dangers pour sauver sa vie et celle de son chameau, Hofira. Une traversée épique imaginée par le cinéaste égypto-autrichien Abu Bakr Shawky. Dans Hajjan, le réalisateur met en scène un récit d’aventure dans l’un des sports les plus anciens et les plus populaires de la région saoudienne : la course de chameaux. Dans des paysages somptueux, ses protagonistes seront confrontés à la cruauté des hommes. Une œuvre captivante sur ce sport, trop peu représenté sur grand écran.
Sélectionné à Cannes, candidat aux Oscars
Dans Hajjan, le jeune Matar et son chameau Hofira sont contraints de traverser le désert pour survivre. Un exil forcé, l’un des thèmes chers à Abu Bakr Shawky. Dans son premier long métrage « Yomeddine » (2018), le réalisateur évoquait le destin de Beshay abandonné dans une colonie de lépreux. Lorsqu’il guéri, le jeune homme s’engage dans un long voyage à travers l’Egypte à la recherche de la famille qui l’abandonné. Un récit puissant qui avait valu à son auteur une sélection pour concourir pour la Palme d’Or au Festival de Cannes et une sélection pour représenter l’Egypte aux Oscars. Un CV impressionnant pour un premier long métrage. Sept ans après ce succès mondial, Abu Bakr Shawky confirme tous les espoirs placés en lui avec Hajjan. Tourné en grande partie à Tabuk, sur la côte saoudienne de la mer Rouge, le film a été présenté en avant-première mondiale au prestigieux Festival international du film de Toronto. Avec Hajjan, Abu Bakr Shawky offre au public un voyage cinématographique dans le monde des courses de chameaux. Embarquement immédiat !
Laura Lépine
SAMEDI 26 AVRIL
17h30 : EN AVANT-PREMIÈRE
Les enfants rouges de Lofti Achour (Tunisie, 2023, 1h40)
En présence de Lofti Achour

Les Enfants Rouges : La Tunisie à feu et à sang
Tanit d’or au Journées cinématographiques de Carthage, Les Enfants Rouges est un véritable film coup de poing sur le terrorisme. Réalisé par le cinéaste tunisien Lotfi Achour, ce récit est inspiré de faits réels survenus en 2015.
Nizar, 16 ans et Achraf, 14 ans sont les meilleurs amis du monde. Dans leur village tunisien, la nature est leur plus grand terrain de jeu. Alors qu’ils font paître leur troupeau dans la montagne, leurs destins basculent. Des Jihadistes les attaquent. Ils tuent Nizar, décapité sous les yeux de son ami. « Achraf, prends soin de mes chiens », ce sont les dernières paroles prononcées par l’adolescent devant ses bourreaux. Epargné, Achraf doit rapporter un message macabre à sa famille. Parviendra-t-il à rejoindre son village ? Les habitants vont-ils se venger ou se réfugier dans la crainte des représailles ? Pourquoi Nizar a été visé par les Jihadistes et qui se cachent derrière cet assassinat ? Une chose est certaine, Achraf ne sera plus jamais un enfant.

Deux jours après les attentats au Bataclan
Des paysages époustouflants, des adolescents jouent dans des points d’eau, un troupeau de chèvres qui parcourent la montagne. La Tunisie est magnifiée par les plans larges des Enfants Rouges réalisé par Lotfi Achour. Mais en quelques minutes, ce décor idyllique devient le théâtre d’un drame. Des Jihadistes attaquent les deux adolescents qui promenaient paisiblement leur troupeau. Les terroristes décapitent l’un des adolescents sous les yeux de son ami. Une nature qui est un « lieu de joie » au début du récit, se transforme « en lieu de calvaire ». Un basculement aussi rapide que brutal qui témoigne de l’extrême violence à laquelle sont confrontés les jeunes protagonistes des Enfants Rouges.
Pour écrire son deuxième long métrage, Lotfi Achour s’est inspiré d’une attaque terroriste survenue le 15 novembre 2015 en Tunisie : « cela a été un vrai choc cette histoire. C’est arrivé deux jours après les attaques au Bataclan. Donc il y a deux attentats terroristes finalement. Un grand attentat par la taille : l’attentat à Paris et un grand attentat terroriste par l’abjection du crime sur un adolescent de 16 ans […] J’ai fait ce film parce que quand j’ai vu cette histoire, j’ai été obsédé pendant vraiment longtemps par la question : « mais qu’est-ce qui peut se passer dans la tête de ce gamin ?» Pour être au plus près de la réalité, Lotfi Achour et son équipe ont tourné plusieurs scènes du film où la famille des adolescents vivait et au pied de la montagne où s’est déroulé le drame.
De l’intime à l’universel
La nature de ces paysages tunisiens devient l’un des personnages des « Enfants Rouges ». Un élément essentiel pour le cinéaste : « Le film est organiquement lié à cette nature. Si on avait transposé cette histoire dans une nature plus cool, plus facile à filmer, je pense que cela n’aurait pas donné le même film ». A travers le destin tragique de ces deux adolescents, le réalisateur explore la détresse de toute une génération, voire de tout un pays : « j’ai un vrai attachement, à raconter, à essayer de comprendre nos histoires […] A travers des histoires très intimes et individuelles, j’essaie vraiment de montrer comment il s’agit de problématiques collectives en fait souvent…parce que la société tunisienne est en pleine transformation, ébullition, avec des avancées, des reculades…des droits qu’on croyait acquis mais qui peuvent ne plus être acquis. Il y a toujours un danger qui pèse sur les droits ». Pour Lotfi Achour, les films sont aussi des « témoins de l’état de la société » et participe au devoir de mémoire. Avec Les Enfants Rouges, le cinéaste signe une œuvre puissante et universelle. Un récit qui a été récompensé dans plusieurs festivals : Tanit d’or au Journées cinématographiques de Carthage, Bayard d’Or du Meilleur film au Festival International du Film Francophone de Namur, Yurs d’or au Festival international de la mer Rouge. Lotfi Achour, un réalisateur en or !
Laura Lépine
SAMEDI 26 AVRIL
20h30 : CLÔTURE
Arzé de Mira Shaib (Liban, 2024, 1h32)
En présence de de Mira Shaib (sous-réserve)

Arzé : Le Liban, tout feu, tout femme
Candidat aux Oscars dans la catégorie meilleur film international, présenté au festival de Tribeca à New York et aux Journées Cinématographiques de Carthage : Arzé, premier long-métrage de la cinéaste libanaise Mira Shaib a conquis les cinéphiles du monde entier. Un récit émouvant à l’humour acerbe, comme une déclaration d’amour à son pays. Attention, coup de cœur !
Arzé élève seule son fils Kinan. Les fins de mois sont difficiles pour cette mère célibataire vivant à Beyrouth. Pour subvenir aux besoins de sa famille, elle réalise des plats cuisinés à domicile et assure la livraison à pied. Afin d’assurer de stabiliser son commerce, Arzé investit dans l’achat d’un scooter. Elle et son fils pourront ainsi livrer davantage de clients. Mais leurs perspectives de faire prospérer leur entreprise s’effondrent lorsque le scooter est volé en plein jour. Pour le retrouver, le duo mère-fils se lance alors dans un périple à travers divers quartiers de Beyrouth. Un parcours semé d’embûches, dans une ville aux multiples visages.

Le cœur et la résilience du Liban
Une mère célibataire qui se bat pour offrir le meilleur à son fils. Elle veut qu’il ait tout, sans rien compter, qu’il puisse étudier à l’université. Une histoire universelle. Mais c’est dans un quartier de Beyrouth que ce récit prend vie sur grand écran dans le film Arzé de la cinéaste Mira Shaib. Un choix qui ne doit rien au hasard puisqu’il s’agit de la ville natale de cette jeune réalisatrice. Pour son premier long-métrage, elle met en scène un duo mère-fils en proie à des difficultés financières à la suite d’un vol de scooter. Arzé, mère célibataire, est bien décidée à retrouver ce véhicule qui représente sa bouée de sauvetage pour maintenir son entreprise de livraison de repas. Accompagnée de son fils, Kinan, elle entreprend un voyage chaotique à travers les différents quartiers de Beyrouth. À travers le personnage de cette femme forte et combative, Mira Shaib rend hommage à toutes les femmes, mais pas seulement. Le tandem mère-fils est aussi le symbole de tout un peuple, en perpétuelle lutte pour la survie : « Arzé m'est profondément personnel parce qu'il reflète le cœur du Liban, sa résilience et sa beauté, même face à des épreuves accablantes », confirme la réalisatrice. Un pays qui a connu la Guerre, les explosions à Beyrouth et qui est aujourd’hui affecté par le conflit entre Israël et le Hezbollah. « Ce film est un hommage à la force et à l'esprit d'un peuple qui endure, en particulier les femmes dont le courage et l'espoir brillent dans les moments les plus sombres. À travers l'histoire d'Arzé, je veux partager l'essence de Beyrouth, une ville qui, comme son peuple, continue de résister, de se battre et de revendiquer l'avenir qu'elle mérite », confie Mira Shaib.
Sept ans de réflexion
Pour la réalisatrice, il était important aussi d’abattre les clichés sur sa ville natale : « je voulais montrer le Beyrouth que je connais, pas les parties touristiques que l'on voit à la télévision, mais les endroits que nous sommes les seuls à connaître. Les endroits colorés, chaotiques et magnifiques ». Avec un sens de l’humour acerbe et une précision chirurgicale, la réalisatrice offre au spectateur un récit émouvant sur le combat d’une mère et son fils pour survivre dans un pays en pleine crise. Tout comme ses héros, Mira Shaib a fait preuve d’une impressionnante pugnacité pour que son premier long métrage voit le jour : il aura fallu sept ans de lutte pour obtenir les financements et faire face aux difficultés administratives et logistiques. Un véritable parcours du combattant pour la réalisatrice et son équipe : « Il y a eu des moments où je me suis dit que ça n'arriverait jamais. Mais mon frère, qui a coécrit et produit le film, n'arrêtait pas de me dire : « Nous allons le faire, quoi qu'il arrive ». Quoi qu'il arrive ». Mira et son frère Faissal Sam, l’autre duo gagnant du film Arzé. Un combat qui a porté ses fruits : de Tribeca à Carthage, en passant par Pékin, ce premier long-métrage est sélectionné dans les plus prestigieux festivals. Arzé a même été candidat aux Oscars 2025 pour représenter le Liban. Avec un tel parcours, ce petit bijou réaffirme l'essor du cinéma libanais sur la scène internationale. Mira Shaib, une cinéaste sur laquelle il faudra compter dans les années à venir.
Laura Lépine
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